Arthur Fléchard —100% Paltoquet
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Rond-point


 









Quelle est la place du rond-point ? La crise des gilets jaunes a remis en perspective cet espace comme un lieu autre. Une hétérotopie. Sur la radio RMC, une émission pour elire le rond-point le plus moche de france déchaine les auditeurs, à tel point que son animateur est obligé de faire un mea-culpa auprès des communes les plus stigmatisées. Réfléchissant à voix haute sur ces sujets, j’élabore ma propre conception du rond-point, pour finir par le considérer comme une scène. 

Vue de la performance Rond-point, Public pool #8, CCC OD TOURS, Tours, 2021. 














Vue de la performance “Rond-point”  présentée à l’Atelier W, 2022.







































Texte de la performance



    Ça faisait déjà un moment que je tournais en rond. Depuis la fin d’année 2018.
Tout a commencé, quand, prétextant réfléchir pour ne pas faire la vaisselle, je m’étais mis à pivoter sur moi-même de façon à me donner l’air le plus pénétrant possible. À force de tourner, je m’étais enlisé dans ce tourbillon maléfique dénommé cerveau. De telles façons qu’il m’était de plus en plus difficile d’en sortir. Peut-être certains sont-ils plus vaseux que d’autres, la nature est injuste, son jugement est hâtif, et son naturel prévaut toujours sur l’entendement. D’où cette fatale inégalité entre les hommes. Le mien faisait partie de ces terres argileuses. Prisonnier d’une vache hublot dans la clairière qu’était alors ma vie, je frappais à la vitre de mon animal totem.

C’est en croisant le regard de cette vache, sur un rond-point de Vigneau Biganos, dans le bassin d’Arcachon, qu’un déclic se fit. Quelque chose d’assez puissant pour me faire sortir de ma torpeur. De suffisamment important pour me redonner goût à l’action, qui se traduisit dans mon cas par la prise d’une photo. Je sortis de mon véhicule – donc – pour venir auprès de cette mimesis bâclée en stuc, dénommée Vache par un artiste sans scrupule. Son apparente docilité me fit m’en approcher pour la toucher. Son son creux me renvoyait au vide qui résonnait en moi. Je remarquais que par bénéfice du doute, un panneau nous confirmait de sa présence. Je le pris lui aussi en photo.

Seul sur cette île, je pouvais apprécier sa dimension, sa forme. Sentir les phares des voitures venir se poser sur mon corps. M’éclairer de la même façon que des spots éclairent une scène, isolant d’avantage l’acteur pour le faire ressortir du décor. Je me sentais enfin au centre, écouté des autres, important par la place occupée, place forte, inviolable car ouverte. Je décidais de m’allonger sur l’herbe dans cet enclos dénué de barrière. Y profiter de mon troupeau de gueules cassées, de mes « bêtes grévinisées », prenant à cœur le rôle d’éleveur que cet espace m’avait imparti.

Considérant à présent le rond-point comme une scène, il m’apparut avoir enfin trouvé le sens à priori insensé qui me poussais à tourner en rond. Je devais jouer la comédie. D’ailleurs, n’était-ce pas déjà ce que je faisais quand je tournais dans ma cuisine ? N’était-ce pas ce que le mouvement la terre m’avait toujours enseigné, tout ce que la communication verbale par ses expressions : « se tourner les pouces » « tourner la page » « tourner le dos » « tourner comme un lion en cage » nous avaient injecté d’images obliques pour décrire les sentiments qui nous habitent. Définitivement résolu à jouer cette « comédie » donc, et consécutivement à l’origine étymologique de ce mot : du grec cômè ( = le village) et odè odi ( = chant) soit aller chanter dans les villages ; je me mis à me vêtir de ce costume somptueux du Rhapsode. Celui même que, dans la Grèce antique, ce troubadour enfilait pour aller de ville en ville déclamer des poèmes.

C’est ainsi que je pris la route à travers la France des ronds-points. Ainsi aussi que le lendemain, j’écrivis ce sonnet, quand le destin me mit nez-nez avec le giratoire de la taupe, en direction de Paris.....



Sonnet #1

Avant hier, deux grandes taupes en granites
ont fait leurs apparitions à Flins-sur-Seine,
Remplaçant celles en polyester trop anciennes
qui selon la commune avaient mal vieillies.

« On a gardé des taupes, le maire y tenait. »
Nous confie cette adjointe à l’environnement.
Disant quand deux-mille-huit, il y a onze ans
« Nous avions déjà une taupe décorée. »

Connue des voitures, la taupe du rond-point
de la taupe reste appréciée des Flinois
pour son côté « humoristique » pas commun

Son auteur, un artiste breton de Plérin.
Loue les vertus de cette roche plutonique.
Sur ce site industriel périurbain.


etc...










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