...................
Texte d’introduction
“Je n’arrive même pas à me vomir. Tout reste contenu. Ma façon de m’habiller est contenue. Je mange de manière contenue, comme je bois de manière contenue. Mon activité est plus que contenue. Mes conversations sont dépourvues de contenu, donc contenues. Pareil pour mes divertissements. Si je pète, mon pet reste quoi qu’il arrive silencieux.
Je suis né contenu, c’est une évidence. J’étais d’ailleurs déjà contenu avant d’être né. D’abord dans le ventre de ma mère je me sentais déjà à l’étroit. Ma mère devait, elle, se sentir doublement contenue. Je crois que c’est pour cette raison qu’à ma naissance, elle a eu un cri de soulagement.
Jusqu’à l’âge de mes 16 ans, j’étais persuadé être né par le
cul. Mes parents avaient des chevaux. Résultat, pendant longtemps, j’ai eu très peur d’aller aux toilettes, ma constipation chronique inquiétait mes parents. Le médecin venait à la maison pour me marcher sur le ventre, pendant que mon père me tenait les jambes et ma mère les mains. C’est suivant ce rituel que je suis parvenu à me dé-contenir un peu.
Contenu du fait que je suis un être profondément contenu, il va de soi que je déteste tout contenant, car ils me renvoient continuellement à cette limite, qui est celle du corps, du corps contenu, du mien. Si j’ai un ordre de préférence entre eux, c’est toujours du point de vue de leurs contenants que cette préférence me vient.
De ce point de vue, la noix de coco illustre bien ce
phénomène. C’est le fruit par excellence contenu. Pour la manger, il vous faudra d’abord parvenir à casser une coque, elle-même recouverte d’un duvet de poils, ce qui a déjà pour effet de vous décourager. Une fois avoir péniblement atteint la noix, l’avoir péniblement saisie, et péniblement cassée, vous pourrez enfin péniblement boire son lait.
C’est l’effet bien connu d’attraction répulsion qui se joue alors avec cette noix. Chez elle, la force d’attraction est plus grande que la somme des deux forces de répulsion qui se localise dans son contenant. L’effet catalysant de son lait saborde mon dégoût pour sa forme. Et si fumer ses poils me procure un certain contentement, c’est bien dans cet exercice élémentaire de téter son jus que je trouve mon salut.”